Des jeunes féministes réclament la liberté d’expression pour les femmes en République Démocratique du Congo – Entrevue avec une

By Sylvie Niombo

Photo de Si Jeunesse Savait RDC

Françoise Mukuku Mwamba Malale est coordonnatrice nationale de l’association Si Jeunesse Savait, basée à Kinshasa en République Démocratique du Congo. Au cours de cette entrevue, elle relève les actions menées par les jeunes féministes de République Démocratique du Congo dans le domaine des TIC.

Si Jeunesse Savait est une association de jeunes féministes comme l’explique sa coordonnatrice : « nous sommes venues de plusieurs associations de femmes, ou de droits humains pour créer une structure fière de son féminisme, dédiée non pas à défendre les droits de toutes les femmes seulement mais surtout de celles ayant moins de 30 ans. Nous reconnaissons qu'elles font face à des problèmes spécifiques à leur sexe, à leur âge et à leur situation géographique ».

Promotion des droits sexuels et reproductif, entreprenariat féminin et promotion des technologies de l'information et de la communication (TIC) sont les principaux axes du travail de cette association.

S’agissant des activités spécifiques qu’elles mènent dans le domaine des TIC pour leurs bénéficiaires, Françoise cite : « Nous faisons beaucoup de formations pour que les jeunes filles apprennent à utiliser les TIC, nous leur permettons aussi de suivre des formations en ligne, de produire des informations pour destinées à des portails internet, des sites internet d'organisations, ou des blogues ». « Cela », rajoute t-elle, se réalise « afin d’accroître les contenus féminins made in Congo sur internet pour tout simplement s’exprimer ».

Depuis le début de leurs activités, l’association Si Jeunesse Savait a remporté de francs succès. Entre autres, Françoise évoque la formation de plusieurs organisations à l'usage du portail internet www.societecivile.cd. Il est à noter que ce portail a été initié et développé par le membre Québécois d’APC, Alternatives.

« Il y avait parmi les personnes formées des femmes qui n'avaient jamais touché à un ordinateur et qui aujourd'hui, non seulement, rédigent des articles, mais prennent également des photos avec un appareil numérique, les traitent et les mettent en ligne » explique fièrement Françoise. « Elles sont également capables de vous donner les liens correspondants à leurs articles. Nous avons donc démystifié l’internet pour elles ».

Françoise et ses collègues voudraient utiliser les TIC afin de donner la parole à toutes les femmes marginalisées en RDC. « Nous préparons depuis quelques années maintenant, le lancement du site internet www.mwasi.cd. C'est un site dédié à la femme congolaise. C'est son miroir. Nous y parlerons sur un ton militant de son engagement en politique, dans le social, il y aura aussi de la culture, de la mode, de la cuisine, une possibilité de faire du commerce électronique pour vendre et acheter en ligne, des témoignages de femmes ayant survécu au viol, des lesbiennes et personnes vivant avec VIH/SIDA. Il y aura même un espace beauté », spécifie t-elle.

Dans un pays où la liberté d’expression demeure un défi majeur, ce site internet en préparation portera la voix des jeunes féministes au grand public, mais sera également un moyen d’amplifier les actions de plaidoyer. Françoise le confirme : « nous allons nous reposer de toute la pression que nous subissons tous les jours depuis notre naissance. Nous allons dire au monde ce que nous sommes, ce que nous aimons, ce que nous nous ne supportons plus. Tous les articles seront produits par des femmes ».

« Ce sera aussi un lieu de ralliement pour les grandes causes comme les campagnes de vaccination et autres, un espace ouvert à toutes les femmes qui sont fières de l'être », poursuit-elle.

Dans l’accomplissement de leur mission, les jeunes féministes de Si Jeunesse Savait font face à diverses difficultés, notamment « le manque de financement adéquat pour réaliser nos projets, la nécessité absurde de s'allier à des organisations dites de « femmes… mais qui ne comprennent même pas notre action » pour avoir plus des possibilités d'être visible. Puis pour couronner le tout, la bureaucratie de l'administration congolaise empêche l’association d’obtenir certains documents dans des délais raisonnables.

Les femmes congolaises connaissent des problèmes d’accès aux TIC. « J'ai toujours pensé que celui qui ne connaît pas l'usage des TIC est un analphabète de nos jours. Et que faisons-nous pour les analphabètes? Nous construisons les programmes éducation pour tous, toutes les filles à l'école et éducation de base gratuite ». Si Françoise était ministre de la communication, parmi les actions prioritaires à prendre, elle nous confie : «les femmes étant à ce jour la majorité de ceux qui n'ont pas accès aux TIC, je rendrais l'apprentissage élémentaire, les B.A.B.A des TIC gratuits pour elles ».

Françoise Mukuku est une nouvelle membre du réseau APC-Femmes-Afrique, qu’elle a rejoint pour des raisons diverses : « je me suis faite membre car j'interviens déjà dans la promotion des TIC. En tant que communicatrice, j’étais déjà avec feminia, une association de femmes professionnelles des médias pour les TIC. En tant qu’activiste, je milite avec la plate-forme nationale intitulée Dynamique Multisectorielle sur les TIC (DMTIC), et en tant que jeune femme avec Si Jeunesse Savait ».

La coordonnatrice de Si Jeunesse Savait attend beaucoup de sa participation au Réseau APC-Femmes-Afrique, comme elle le confirme ici :« toutes les expériences des femmes en rapport avec les TIC m'intéressent. Surtout celles qui allient tous les domaines dans lesquels j'interviens comme APC-Femmes-Afrique. J'attends de pouvoir tisser des relations avec des femmes reconnues dans leur métier et qui travaillent pour l'Afrique, d'échanger des informations, de monter avec elles des projets ou programmes durables et surtout d'échanger des expériences réussies en matière de TIC ».

Propos recueillis par Sylvie Niombo, Co-coordonnatrice d’APC-Femmes-Afrique